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Thursday, November 14th, 2019

A Singapour aussi, la Pinacothèque de Paris se fait la malle

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by April 11, 2016 General
La Pinacothèque de Paris… à Singapour.

La Pinacothèque de Paris… à Singapour.

Photo : Singapore PInacothèque de Paris

Même méthode, même résultat. La Pinacothèque de Paris, qui a fermé en février dernier dans la capitale, avait une “antenne” à Singapour, inaugurée en mai 2015. Celle-ci vient, à son tour, de mettre les clés sous la porte. En laissant des ardoises derrière elle…

Et de deux ! Un mois et demi après la fermeture de la Pinacothèque, musée privé parisien, son « antenne » de Singapour vient de suivre le même chemin. D’après le journal de Singapour The Straits Times, la « Pinacothèque de Paris », nom de l’établissement asiatique, a fermé ses portes le 4 avril sans préavis. Comme à Paris, le musée asiatique proposait une collection permanente, invisible depuis mi-février « pour rénovation », et des expositions temporaires. C’est en allant voir la dernière en date, sur le « Pressionnisme » (le graffiti sur toile), que des visiteurs se sont retrouvés devant une pancarte – plutôt désopilante – scotchée sur la vitre : « nous revenons dans une heure ». Le journal singapourien rapporte même que le chef du restaurant du musée, qui n’avait pas été prévenu, se demandait qui contacter ! L’annonce de cette fermeture en catimini n’étonne pas vraiment si l’on se réfère aux méthodes avec lesquelles Marc Restellini a dirigé sa maison parisienne, créée en 2007. Le 15 février dernier, ce dernier mettait la clé sous la porte de l’établissement de la place de la Madeleine en déclarant le musée victime de la chute de fréquentation, en raison des attentats, mais ne disait pas que le loyer était impayé depuis déjà deux ans. En partant, il laissait un bon nombre d’ardoises de sa boîte de communication à divers prestataires culturels.

Entre port franc, trust et mise en examen…

« La Pinacothèque de Paris » de Singapour a été inauguré le 30 mai 2015. Elle n’aura donc pas tenu un an. A l’origine du musée, le sulfureux homme d’affaires suisse Yves Bouvier, connu pour ses démêlés avec la justice dans l’affaire l’opposant au milliardaire russe Dmitry Rybolovlev au sujet des plus values extravagantes lors de ventes de tableaux à ce dernier. Numéro un mondial du transport et de l’entreposage d’art, Bouvier réside depuis quelques années dans ce petit pays richissime, surnommé la Suisse de l’Asie, où il a obtenu du gouvernement la création d’un port franc (zone portuaire ou aéroportuaire exemptée de taxes) pour développer le marché de l’art dans le sud-est asiatique. En 2008, il a convaincu les autorités de la création d’un musée « à la française », associant Marc Restellini, avec lequel il était déjà en affaire à Paris. C’est ainsi que la ville de Singapour a fourni au tandem franco-suisse un beau bâtiment colonial, le Fort Cannings, ex quartier général de l’armée britannique, pour abriter le nouveau musée et payé les travaux à hauteur de 24 millions de dollars singapouriens, soit 15 millions d’euros. Officiellement, Bouvier est actionnaire à 25 % de la Pinacothèque de Singapour, via un trust basé en Hollande nommé Art Heritage. Officieusement il en aurait 75 %. Restelleni quant à lui avait pour charge de faire tourner la maison, et surtout la collection permanente, composée de tableaux mis en dépôt par des collectionneurs. En quelque sorte une vitrine fort pratique pour valoriser les œuvres d’art, à courte distance des coffres du port franc de l’aéroport de Singapour et des pays asiatiques de plus en plus friands en œuvres d’art. Mais entre temps, Yves Bouvier a été mis en examen, ses avoirs ont été gelés et l’empire de l’homme d’affaires s’est ébranlé. Ses démêlés avec la justice auront eu la peau du musée privé dirigé par son associé Marc Restellini. Entre Paris et Singapour, on remarquera que les méthodes du Français n’ont pas changé. En septembre dernier, un prestataire culturel italien, Artemisia, producteur de l’exposition Le Mythe Cléopâtre proposé à l’ouverture de la Pinacothèque de Singapour, poursuivait le musée en justice pour un impayé d’un montant de 435 000 €. Une agence prestataire de services sur Internet, Mediatropy, lui emboîtait le pas : 72 000 € réclamés pour la facture d’un mur numérique jamais acquittée. Et le mois dernier, Felix Huang, rappeur singapourien, tempêtait sur sa page Facebook contre Restellini en personne. On s’en doute, il réclamait son cachet. Cette fois-ci, Felix, ça paraît râpé.

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